Carnet de Blog

17 juin 2008

Petite cause, graves effets

Publié par ahhhh dans Laïcité...

Il est des sujets pour lesquels la temporalité n’a pas de prise. À tout le moins la durée de penser et de disserter dépasse allégrement la date de péremption d’un yaourt bio. Le cas du désormais fameux « Mariage annulé de Lille », aujourd’hui encore me passionne à réfléchir sur l’absurdité humaine et sa constance à être souvent ridicule, inhibitrice et odieuse.

Cette affaire démarrée fin mai, début juin est finalement retombée tel un soufflet mal préparé.
En son temps, j’avais promptement réagi, profitant de mon extraordinaire position de correspondant local de presse, pour m’emparer du sujet.
Une connaissance oeuvrant – le mot n’est pas trop fort – pour le collectif « Ni Putes, Ni Soumises », me proposait un papier un peu généraliste sur ces femmes soumises mais plus spécifiquement rattaché à la triste histoire qui nous occupe.
Rendez-vous fut pris pour une interview et commettre un acte citoyen, à nous seuls, de défense de la république et sa laïcité. Par extension, sans fausse modestie contre la bêtise humaine, n’ayons peur des mots !
Mais ma rédaction centrale estima mon travail à sa juste place, celle de localier juste bon à traiter les nouvelles, « news » dans le jargon des journaux, l’anglicisme, même en province fait plus chic. Les réflexions et autres commentaires de fonds sont réservés aux grands journalistes. Plus vous montez sur Paris et plus doués sont-ils à avoir des idées dont le moindre péquin peu (doit) profiter, illuminé sera-t-il par tant d’intelligence et de clairvoyance. Et que les tâcherons restent à leur place.

Il ne me reste donc que mon espace personnel pour m’exprimer sur ce sujet. La meilleure façon au moins de n’avoir aucune contrariété de contradiction. Au moins si je doute encore de l’utilité d’un blog, voilà une excellente raison d’en envisager le contraire. Je peux y publier ce que bon me semble, en tout impunité. C’est au moins une consolation.

 

Voici donc ce qui ne fut pas publié :

< Cela aurait dû rester une petite histoire banale. Celle d’un couple pas fait l’un pour l’autre, où la femme accepte une situation honteuse pour s’éviter des années de malheur au côté d’un homme attaché à ses coutumes, fermer la parenthèse.
Oui mais voilà, un tribunal et son juge laïque et républicain en ont décidé autrement dans le cas désormais tristement célèbre du « mariage annulé de Lille ». Il ouvre une véritable boite de Pandore.
Le collectif Ni Putes Ni Soumises du Pays de Gex (NPNS) et l’une de ses représentantes, Blandine Charrue tenait à réagir sur cette affaire.
Si elle pense que la décision du tribunal n’est juridiquement pas contestable, estimant que le juge, saisi par un avocat malin, n’avait guère de latitude, là n’est pas son problème et voit beaucoup plus loin les conséquences dramatiques et néfastes pour le travail que nombre comme elle effectue sans relâche sur le terrain.

Une lutte pour l’égalité et la dignité

Elle lutte tous les jours contre des coutumes d’un autre temps, des certificats de virginité délivrés en complaisance, le pouvoir des « grands frères ». Tous ces carcans faussement idéologiques participant de l’avilissement de la femme, maintenue à un rang indigne et inférieur. « Je passe mon temps à remonter leurs égos. Je crains l’effet à long terme d’une telle décision ». Pour cette représentante du collectif c’est « acter la répudiation. La pire chose qu’il soit ». Dans certaines familles, la coutume prend souvent le pas sur tout le reste. Le procès de ce couple n’avait rien avoir avec ce genre de pratique, ni même probablement avec une quelconque religion, les propos de la jeune femme en témoigne.
Mais il renvoie de facto vers ceux qui pratiquent à l’ombre de nos institutions la négation du droit absolu de la femme, de son droit à disposer de son esprit et de son corps, en un mot d’elle-même.

Hervé Gransart

Repères = L’Agraf et le comité Ni Putes Ni Soumises ont publié un communiqué intitulé « Stupeur et colère » pour s’élever contre ce fait-divers. www.agraf.asso.cc-pays-de-gex.fr>

 

Des valeurs à ne pas galvauder

Dans ce sombre dossier, certains y ont vu une coutume religieuse, ce qui n’est point. Tout juste une tradition d’un autre temps. Il est presque devenu une affaire d’état par la faute d’un tribunal et son juge pourtant laïc et républicain.
Ce magistrat qui aurait pu peser 7 fois la balance de la justice avant de prendre une telle décision.
Mon amie du collectif NPNS me faisait remarquer que sur la forme, en parlant uniquement technique celui-ci n’avait guère le choix. Mais sur le fond, sur le fond, les conséquences sont tellement dramatiques, atterrantes. Renvoyant la condition féminine à la préhistoire.

Je mets volontairement à part la petite et insignifiante histoire de ce couple qui s’est en fait rendu compte au bout de quelques heures (d’une nuit, triste nuit vraisemblablement !) qu’ils n’étaient pas fait l’un pour l’autre. Lui n’a pas trouvé de moyens plus élégants (quel sinistre personnage) pour se sortir de cette situation, elle empêtrée dans son erreur a cédé par facilité (elle le confirmera par avocat interposé).
Mais le juge lui saisi de ce cas, aurait pu aller voir un peu plus loin que ce dossier, regarder les implications. Dans notre société, on gagnerait à parfois se déclarer incompétents sur certains sujets, il n’y a pas de honte à cela. Pour éviter de statuer à tort et à travers.

Nous avons tous publiquement ou non, disserter, ergoter sur la « qualité essentielle ». Était-ce le mensonge ou la virginité de la dame. En fait, peu importe ; les deux ou ni l’un ni l’autre. Il fallait, dans leur cas, le laisser au domaine du privé et rien d’autre. Cette boite de pandore ouverte renvoie au problème de l’égalité homme/femme, où l’un est protégé physiologiquement par la nature qui empêche toute vérification, comme cela est arrangeant !

Il ouvre aussi sur un monde que nous refusons, celui de l’avilissement de la personne en générale et de la condition féminine en particulier. Elle cautionne les arrières-gardistes de tout poil qui sont légitimés par ce genre de rendu de justice. Quant à ces coutumes qui ne sont pas les nôtres, certains ont abandonné, par angélisme ou mièvrerie, le principe d’une terre d’accueil (ce que nous devons être) où malgré tout, c’est à celui qui arrive de s’adapter et non l’inverse, l’aide à l’intégration par contre est indispensable. Soyons réalistes, faire autrement c’est justement faire le lit des extrémistes et des communautarismes, les exemples foisonnent en ce moment. Être humaniste et démocrate n’interdit ni autorité ni obligation du respect des valeurs auxquelles justement l’on croit et auxquelles nous sommes viscéralement attachées. La liberté, le respect, l’égalité, la laïcité ne se transigent nullement, à aucun moment, dans aucune circonstance.

Ces valeurs sont immuables, quant au droit fondamental de la femme, celui d’être égal en tout point, il ne devrait jamais être négociable – jamais.

 

 

 

 

Une Réponse à “Petite cause, graves effets”

  1. yuko dit :

    Bonjour,
    Il y a de cela quelques semaines, vous avez accepté de m’envoyer un exemplaire de votre livre pour que je donne mon avis sur mon blog et celui des agents littéraires. Je vous invite à consulter ma critique à cette adresse : http://art-enciel.over-blog.com/article-la-vie-c-est-rien-que-du-cinema-ou-inversement-d-herve-gransart-82433557.html
    N’hésitez pas à me laisser un mot ou une impression à votre tour.
    Bonne soirée !

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