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23 novembre 2011

Mécanique d’(im) précision

Publié par ahhhh dans En Passant...

Tic-Tac, Tic-Tac, mécanique bien moins huilée qu’auparavant.

Singulier le changement, irrémédiable et pourtant imperceptible à l’œil, de cette horlogerie qui fut en son époque, précise.

Une mécanique de précision, réglée comme du papier musique.

Hélas ! Toute remontée dans le temps est interdite. Le matin, les rouages sont encore un peu grippés. Un certain moment leur est nécessaire pour tourner à plein régime, la mise en route peut se révéler laborieuse. La trotteuse à la jeunesse souvent édifiante n’est plus si fringante. Quant aux aiguilles promptes à faire le tour du cadran des heures durant, elles ne sont plus si alertes et entraînantes.

Que ne faut-il de temps pour rattraper la journée et tourner à plein régime ?

Une mécanique bien huilée, qui subit l’effet inexorable du temps, encore heureux qu’elle ne retarde pas.  À midi, l’ensemble a repris forme convenable, à la recherche de temps perdu, l’horloge est de nouveau à l’heure et son rythme correct. Elle qui fut tour à tour sportive, passe-partout ou de soirée. Imperméable aux conditions atmosphériques, imperturbable aux affres météorologiques, tout terrain en définitive.

Jamais elle ne s’est départie de son efficacité légendaire, ponctuelle dans l’action, résistante dans la durée, inoxydable. Ce sont justement l’accumulation des secondes, des minutes et des heures qui auront fatigué l’ensemble. De ces minutes égrenées, quelque chose a changé, invisibles, les altérations se sont faites de plus en plus nombreuses, présentes et finalement incontournables. Pire il va falloir vivre avec et en accepter l’évidence.

Il avait pourtant fallu des décennies pour que tourne cette musique. Des mois d’assemblage, de maturation et de guidage.

Tic-Tac, Tic-Tac, le temps fait son œuvre. Le dateur s’est subitement affolé, les jours comptent double.

Empâté malgré tous les efforts possibles, moins vivaces et moins précis qu’à l’accoutumée, ce corps qui s’observe dans la glace accuse le poids des ans. Le poids du temps qui est passé et de celui qui arrive plus vite encore. Ce corps qui n’est plus une mécanique de précision ; que le moindre faux mouvement peut enrayer. Ce corps, perclus de douleurs au fil des matins. Parfois indicible, parfois bénigne, il y a toujours une petite pointe pour ne jamais oublier, au cas où.

Un rappel à l’ordre pour cet homme qui lui aussi se détaille, interloqué, dans le miroir pour constater impuissant, mais en toute conscience les changements opérés ; assommé par les formes moins affûtées, arrondies qu’a décidé d’épouser sa carcasse ; agacé des raideurs qui parcourent tout son dos ; effaré par la réalité nue et froide de l’âge qui le rattrape, annonciateur d’autres modifications en préparation. Enfin affligé par les maux intérieurs qui ont marqué, sans crier gare, le dessous de ses yeux.

Il éteint précipitamment la lumière de salle de bain pour exorciser le fantôme de la pièce, harassé par le spectacle et les journées devenues trop longues. Il lui est impossible de résister, passé une certaine heure, la marque du vieillissement souligné par la fin de son endurance le frappe de plein fouet.

C’est ce constat qu’il est contraint d’accepter, la rébellion serait-elle vaincue ? Fracassée sur les remparts de la vie qui coule. Il reste encore une solution ; se coucher pour mieux oublier.

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