Carnet de Blog

19 décembre 2008

Chronique d’un vrai-faux retrait annoncé

Publié par ahhhh dans Éducation...

Voilà, Monsieur Xavier Darcos voulait entrer au panthéon des ministres, éviter le sempiternel affrontement avec les étudiants et ne point trop reculer sur ses dossiers. Ainsi n’en aura pas décider son patron (pour le moment dit le chef).

Le modèle Grec ?

Il y a un temps pour tout et trop de ministre, voire de gouvernement y ont laissé leur peau, pour ne pas insulter l’Histoire. Le président des français a préféré battre en retraite sur le perpétuel et néanmoins épineux sujet de l’éducation nationale.
Il y a des poncifs qui ont le cuir tanné. Dans le genre « quand le bâtiment va tout va ». Ici nous sommes dans le registre « Étudiants dans la rue, ça rue ».
Et en ces temps difficiles et anxiogènes pour nombres de nos compatriotes, il n’est pas de bon aloi quand Monsieur Dupond allume son récepteur de télévision, d’entendre la très platine Laurence ou le tout coiffé David, débiter sans relâche la multitude d’échauffourées belliqueuses et de voir sous leurs yeux consternés, les en casqués en bleus et matraques souples à la main courir aux trousses de la jeunesse de ce même pays, fussent-ils boutonneux et insolents.

Ce n’est pas bon pour le moral, donc pour l’économie à une époque de veille de fête où tous doivent se précipiter dans les échoppes dépenser tant et plus (possible) en agapes et autres babioles. Aussi était-il opportun de reporter sine die ce projet de réforme éducatif.
Que nenni réponds le syndicat étudiant qui croit savoir que l’année – sabbatique – invoqué par le ministre n’est qu’un leurre, de la poudre aux yeux pour mieux endormir son auditoire et faire passer en douce le train du changement.
C’est chose constante dans un mouvement revendicatif de vouloir camper sur ces positions et d’appeler à la vigilance. Ne serait-ce pour maintenir la pression sur les troupes et les militants. Nous savons tous, que ces sujets en général et l’éducation en particulier ne passe jamais inaperçue.

Force est de constater que ces jeunes ce sont opposés à une hiérarchie de façon structurée dans sa contestation, parfaitement encadrée par la très dynamique cellule contestatrice. Recourant çà et là à la violence et de la casse de matériel et des intimidations ou menaces sur personnes qui n’honorent ni les auteurs ni la cause défendue. Bel exemple de dialogue au demeurant.

Par ailleurs quand certains d’entre eux sont intervenus devant les médias, on est en droit d’être interloqué sur les raisons de la colère et de craindre qu’ici aussi, cela ne serve pas du tout la finalité. Donnant un sens aux propos de leurs détracteurs les accusant d’être manipulés. Descendre dans la rue est une chose, encore faut-il avoir des motifs sérieux. Interviewer par des journalistes qui n’en demandent pas tant et ne pas pourvoir citer deux réformes d’affilées pour lesquelles ils ont été conduits dans la rue peut effectivement engendrer suspicion et méfiance.
Si certains étaient venus pour hurler leur haine du système dans sa globalité et leur mal être vis-à-vis d’une société qui les ignore dans un monde turbulent, d’autres étaient là pour le plaisir d’en découdre, de ne pas aller en cours et de faire un peu de sport… de combat. Pour eux c’est comme aller voir un match de foot.

Supprimer le service public

Interrogé sur les motifs de la grogne, l’un d’entre eux, d’une voix monocorde et le regard bovin éructait péremptoire « bah moi j’suis là parce que la réforme elle est pas bonne. J’suis pô d’accord qu’on nus ballotte comme ça. C’est notre avenir qu’est en jeu. Pis j’pense à mes futurs enfants, j’veux pas qu’ils connaissent ça ».
Mélange de titeuf et de gavroche, choisi à dessein par le journaliste, ne soyons pas dupe. Mais quand même, et il ne fut pas le seul à tenir ce genre de borborygme. Inquiétant pour des lycéens qui feraient mieux de retourner en cours apprendre la grammaire et la syntaxe. Et surtout potasser le catalogue des réformes ministérielles qui sont légions.
Quant à procréer il faudrait attendre un peu, sa future progéniture et nous n’avons pas mérité ça.

Notre dérouté ministre, lui, devra pendant ce laps de temps revoir sa copie et chercher la définition du mot « concertation ». Qui ne semble pas faire partie de son vocabulaire. Une erreur qu’avait, en son temps, fait nombre de ces prédécesseurs technocrates, tout aussi proche de la jeunesse dont ils ont la charge qu’un curé prêchant dans une maison close.
L’inquiétant de l’histoire n’est pas la manière en soit, de tenter le passage en force, mais bien plus ces fameuses réformes au nombre desquelles on constate, pêle-mêle et non exhaustif ; la suppression des Réseaux d’Aides Spécialisées aux Enfants en Difficulté (RASED) ; la compression des heures dont le problème ne réside pas à faire moins d’heures (déjà pas si nombreuses) mais de mieux les répartir et d’homogénéiser les rythmes scolaires, les pires en Europe. Nous pratiquons en France le yo-yo horaire, pour des adolescents, c’est le plus difficile à assimiler, mais ça nous ne l’avons toujours pas compris ; La volonté d’orienter systématiquement vers des filières scientifiques, même ceux qui n’en n’ont ni le goût ni l’envie, un cimetière pour beaucoup qui pourraient s’épanouir dans d’autres domaines, comme la section Économie et Sociale que l’on veut démanteler, un pur scandale et le mot est ici pesé.

La tentation gouvernementale est bien là, loin de vouloir réaliser des réformes que l’on pourrait admettre, à tout le moins discuter. C’est bien plus une volonté, double, d’une part de mettre à terre ce qui est considéré comme un bastion de gauchistes et d’autre part tout comme le primaire, engagé un profond remodelage et un transfert du public vers le privé. Sacro-saint credo de cette droite désormais décomplexée. Notoirement pas le cas de son adversaire politique empêtrée dans ses contradictions et ses guerres de clochers, qui n’a pas trouvé le temps de s’exprimer et monter au créneau sur ce dossier si primordial, si dense, dommage encore une occasion de perdue, une de plus.

Aux dernières nouvelles, dans son si caractéristique style bravache qui fait sa marque de fabrique, le chef suprême vient de déclarer, que la réforme décalée ne sera – dixit – en rien modifiée. Il aurait voulu agaçer qu’il ne s’y serait pas pris autrement. À moins d’être, avec son ministre, ce que le rasoir Gilette est aux poils ; la première lame soulève le poil et le coupe un peu, la deuxième passe juste derrière avant qu’il ne se rétracte pour mieux le décapiter.

17 novembre 2008

La traque est ouverte

Publié par ahhhh dans Éducation...

Serait-ce la saison de la chasse qui mette ainsi en émoi Sire Darcos. Profitant au hasard, de la crise qui focalise les énergies présidentielles d’une part et mondiales d’autre part. Les clowneries indescriptibles des socialistes avec de faux-vrai débat, de fausses-fausses idées. Parti moribond qui doit renaître de ces cendres, donc d’abord disparaître et dont il ne sert à rien, pour le moment, de disserter plus avant. Une démocratie, sans opposition construite, structurée et raisonnable est une nation qui perd ses repères démocratiques et républicains, enfin bref…
Le voici donc plaçant une bombe à retardement sur le dossier déjà sulfureux « Base-Elèves » (pour ceux qui prennent en cours de route, cf rubrique « ce qui est publié », articles « Base-Eleves »).

Une bien vieille manie

Mais las, à chacun ses ennuis.
Pour revenir au ministre, celui-ci n’a pas trouvé mieux que d’inventer une bêtise de plus. Une ingérence claire dans la vie d’autrui. Et plus particulièrement de ces collaborateurs. LA chasse aux sorcières est ouverte. Et la saison promet.

Oyez Oyez braves troupeaux dociles et repus, restez donc à vos vies faites de métro (s’il existe en votre lieu de résidence), de boulot (s’il en reste après le passage du tsunami financier et des répliques économiques) et de dodo (si vous le trouvez toujours à l’évocation des deux premiers)

Quant au reste laissez-le à ceux qui savent et vous, vous êtes instamment prié de vous taire. Point de réflexion inutile, point d’introspection gaspilleuse de temps, encore moins de questions impertinentes.
Sinon ? Et bien sinon vous serez fichés à tout le moins sur Edwidge ou sur autre choses.
Pourquoi tant que l’on y est ne pas réhabiliter la censure, puis le bâton pour les récalcitrants et enfin les camps de travail pour les plus rebelles.

Le ministre de l’Éducation Nationale voudrait mettre le pays à feu et à sang qu’il ne s’y prendrait pas autrement.
Bâtir une administration sur la peur, le délit et franchissons le Rubicon, la délation est une pente dangereuse, excessivement dangereuse.

Cette volonté de surveiller tous les dires et tous ceux qui professent des critiques n’est pas digne de tout démocrate qui se respecte. Vouloir dépenser quelques 200.000 euros en création de programme en cyber surveillance contre ceux qui ont l’outrecuidance de ne pas accepter un autre fichier qu’est « Base Eleve », fichier qui va enregistrer les enfants dès l’age de 3 ans et ce pendant, les chiffres divergents, 15 ou 35 ans, la belle affaire.

Cette dérive honteuse devrait être fustigée de façon plus virulente par tous citoyens qui vivant en respect de la république, ont le droit d’avoir un avis, une opinion sur son pays, ses dirigeants et la politique menée. Dans le cas contraire, le cas de l’obscurantisme et du climat délétère qu’il se prépare on peut agiter l’épouvantail du totalitarisme, à quoi bon allez voter tant que nous y sommes.

Drôle de climat

Tout est inquiétant dans ce gouvernement et son attitude compulsive à toujours nous concocter des programmes liberticides. A moins que ce la soit par idéologies, ce qui serait très inquiétant.
Au-delà des excès, cela traduit aussi un ministre aux abois, qui ne connaît pas sa base, pire qui la craint et ne sait comment la maîtriser. Dans ce sens-là, il est fort peu probable qu’il y arrive.

Heureusement que le ridicule ne tu pas, Monsieur le ministre aurait été probablement une victime expiatoire. Car comment et sur quel critère assigné tous les sites, tous les blogs toutes les communications de personnes échangeant propos plus ou moins raisonnables, idées censées ou contestations sincères.

Faut-il aussi, désormais ne se diriger que vers la seule et sainte pensée unique renvoyant au rebus tout autre forme d’avis contradictoires.
Au lieu de dialoguer Xavier Darcos en rajoute une couche, et quelle couche. Cela ne devrait plus être l’affaire des enseignants, mais bien l’affaire de tous. Car aujourd’hui les instituteurs, et demain ?

Au hasard des rencontres sur le problème « Base Elève » un directeur d’école primaire, se retourne et lâche excédé de perdre son temps devant le piquet de manifestants interdisant l’entrée à la formation de la base informatique « vous vous en faites pour rien. Il est utile d‘avoir des fichiers pour obtenir des renseignements. Et puis un fichier de plus ou de moins, nous avons la carte bancaire, la carte vitale et tout le Saint-Frusquin alors une de plus ou de moins… ».
Et bien voilà monsieur avec ce genre de raisonnement voici un nième fichier qui en précède forcément un autre, jusqu’au jour où l’on se réveille coincé dans un carcan. Les caméras de surveillance vidéo arrivent dormez tranquille braves gens. La camisole pour le bon peuple déjà abruti.
La liberté ne se marchande pas, ne se négocie pas et ne supporte aucune concurrence.

Ah au fait tant pis mais tout ceux qui viennent de finir cette lecture et moi compris, sommes dans de sales draps, Dark Darcos is watching us.

  • En Savoir plus :

Appel d’offre pour marché public paru sur le site du Journal officiel, pour la veille de l’opinion parmi les personnels de l’Education nationale.

Appel d'offre EN

21 octobre 2008

Cri d’alarme contre la violence et l’école publique en perdition

Publié par ahhhh dans Éducation...

Sujet sociétal complexe s’il en est. C’est au détour d’un reportage que je me suis trouvé confronté à ce que l’on ne dit pas assez, pas souvent en tous cas et que l’on ne pense exister que dans les banlieues chaudes autour de Paris, Lyon ou Marseille.

Or non la violence à l’école s’invite évidemment partout et elle n’est pas ou plus juguler.

Laisser le navire à la dérive

Cette violence n’est plus seulement le fruit d’une adolescence qui se cherche entre puberté et mal vivre.
C’est avant tout une vraie violence, gratuite, expressive et d’une dangerosité que nous ne connaissions pas. Un miroir grandeur nature de notre société en déliquescence.
Elle a aussi trouvé un creuset dans l’école primaire. Tout va désormais plus vite et plus loin. On peut faire le procès des jeux de guerre sur Internet. Il y a forcément un lien, mais il n’est pas réellement le déclencheur. Sûrement l’accélérateur et la bise qui veille à ce que le feu jamais ne s’éteigne.

Devant c’est explosion, les pouvoirs publics détournent soigneusement le regard en se pinçant le nez comme pour ne voir un pestiféré que l’on ne souhaiterait pas côtoyer et laissent parents et enseignants régler les problèmes. La solution ne se trouve pas dans le chapeau du magicien. Et c’est d’ailleurs probablement un ensemble de mesures que la seule évidence de dire ou poser le cas.
Sans sombrer dans la tentation réactionnaire, il y a d’abord la perte du respect de l’humain. Pas celui du nanti ou du chef, juste de l’humain. L’apprentissage débute avec les tout petits. Dès l’âge, qui leur permet de comprendre un sujet, un verbe et un complément, qu’il faut dire bonjour quand on croise quelqu’un et qu’il n’est pas nécessaire de frapper au détour de chaque récréation qui n’est pas une jungle.
Il y a aussi à responsabiliser les parents sur leurs rôles et leurs devoirs, parce que sans aucun doute les problèmes qui les submergent et dont ils ne savent pas si un jour ils en sortiront sont immenses, incommensurables. Est-ce une raison pour faire subir et transférer sa douleur à autrui.
On ne peut prétexter la démission de son rôle après avoir enfanté des progénitures que l’on livrerait à la rue et à la société pour qu’elle sans débrouille.

À l’inverse cette situation est un appel, un cri de douleur pour exprimer un mal de vivre de l’âme que l’on doit entendre. Car si l’on s’y refuse, ces enfants privés des joies simples d’une vie enfantine constructrice, deviendront des loups dont nous ne pourront plus contrôler les comportements. Se retrancher derrière le tout sécuritaire est l’option d’une société excessive, répressive et déclinante. Une nation qui n’a guère d’intérêt et qui ne se respecte pas, puisque incapable de faire l’immense effort de comprendre pour guérir.

Avant toute répression, il y a la prévention. Et c’est en cela que le problème est complexe. Car le court terme, pour beaucoup, prime sur le futur. Comment atténuer cette violence journalière avant de l’éradiquer, à tout le moins, la faire reculer aux longs cours.

La meilleure façon de tuer son chien est de se convaincre de sa rage

Mais a-t-on l’impression que le long terme est traité, tant il est facile de crier aux loups, « qu’on leurs coupent la tête » éructait la Reine.
Est-il plus simple de décider que, dès 3 ans, les enfants sont à marquer au fer rouge de l’infamie et que jamais ils n’en sortiront pour décréter le problème résolu. Ça a le don de rassurer la frange droitière de son aile, de se gargariser de ces douteuses certitudes à refouler les trublions à la frontière des beaux quartiers mais surtout de ne rien transformer en profondeur.

L’extrême est d’abandonner son école publique et lui faire perdre son rôle ; ses rôles. Cette institution autrefois un fleuron où était transmis savoir et connaissance avait une fonction de lien social. On peut disserter longtemps à démontrer son rôle, supplémentaire, éducatif. Il y a les partisans de cette voie et ceux qui partent du principe que l’éducation doit être prodigué par les parents uniquement. Incontestablement l’école est le lieu de structure de l’enfant. Sa structure intellectuelle est mentale. Ce pourrait être un tout, mais nous en serions à ce débat que ce serait rassurant. Or ce n’est plus le cas. Le maître n’impressionne plus, ne se respecte plus, sa mission même est dévoyée. Dévaluée plus vite que de la petite monnaie par sa propre hiérarchie.

La belle affaire que de vouloir, à l’entrée de l’instituteur, faire lever les enfants dans un élan disciplinaire et ensuite accrocher une médaille au méritant. L’arbre facile qui masque la dense forêt. Le problème des couvercles de poubelles qui volent dans les classes en serait pour autant résolu ? Le tabassage en règle dans la cour de récréation évaporée ? Les institutrices en congés longue durée pour dépression annihilées ?

La fin d’un monde

L’école publique se délite petit à petit, faute de moyens, faute de volonté. Dans la classe de ce reportage, l’inspectrice de l’éducation nationale elle-même confirme que le ministère n’engagera plus aucune dépense. Dans une région, pourtant en démographie galopante. Consternant mais pas étonnant. On découvre nos enfants pas assez instruits, on diminue les heures de cours. Et on fait dire n’importe quoi aux statistiques, comparant notamment le niveau d’un élève de 1950 avec aujourd’hui, mais les matières, le programme et la méthode étaient aux antipodes. Avez-vous déjà comparer un boulier et une calculatrice ?
Quant aux non remplacements, pourquoi voulez-vous intervenir, puisque se prépare un plan sous cape. La création d’Agence Nationale de Recrutement, officine privée sous contrôle du ministère de l’éducation (on sait ce que cela signifie) destinée à pourvoir des remplaçants techniquement en mesure de transmettre leurs connaissances mais dont la compétence pédagogique n’existe pas. Au passage l’institut de formation des instituteurs sera démantelée pour 2009. Instituteur est un métier avant tout. Par là même les coups de poings et violence diverses en seront-ils éliminer ?
Les programmes d’aide aux enfants en difficulté RASED (Réseau d’Assistance Spécialisé aux Enfants en Difficulté) meurent à petit feu. Sur les 7.000 postes ouverts d’enseignants dévolus à ce système, 3.000 seront supprimés au niveau national en 2009.

Voilà l’éducation, au rabais que l’on concocte dans les hautes sphères. Enfin, aux rabais, pas pour tout le monde. Depuis quelque temps se multiplie les structures privées en plein essor, pour dispenser des cours particuliers, voici revenu le temps béni du précepteur, pas pour toutes les bourses. L’école, comme la santé vont devenir à multiples vitesses. Certains pourront les enclencher, pas d’autres. Mais qu’importe de faire un troupeau, pourvu qu’il soit le moins instruit possible pour être le mieux guidé.

Cette école malade de ses budgets fut le fait d’un glissement non maîtrisé pendant près de vingt ans. Mais depuis plus d’un an et demi c’est à dessein que l’on laisse s’enfoncer le « mammouh ». Car la fin n’en sera que plus simple à trouver. Le public est mort, vive le privé car la volonté n’est autre.

Cette nation efface petit à petit les trois mots de ces frontons. Par petite touche, sur tous les sujets. Le fondement même de ce pays ne se trouve pas dans son hymne guerrier révolutionnaire. Il devait prendre source dans ces trois mots d’espoir, de tolérance et d’amour. Nous faisons le choix inverse par excès, d’individualisme, de cupidité malsaine et de facilité. Mais à trop laisser les fauves en cages et au même endroits, un jour on retrouve leurs dents plantées dans nos chairs.
Ou mieux on envoie la force publique pour un peu plus de coups ? Ou encore plus efficace on constitue des groupes de parents indignés pour faire la police elle-même, et ainsi mater les indigents. Quelle belle société faite d’instruction, d’œcuménisme et d’entraide.
Un peuple à pleurer qui ne comprend que le bâton et la carotte ; leurs dirigeants n’en demandaient pas tant.

La solution n’est pas miraculeuse, mais quand en plus on ne la cherche pas, pis on accompagne la descente aux enfers, la mort n’en n’est que plus évidente.

26 juillet 2008

Piqure de rappel

Publié par ahhhh dans Éducation..., Fichage...

Dans le dossier du fichier centralisé pour les écoles du premier degré, joliment intitulé « Base élèves » (cf article précédant : « Fichage en règle »), mi-juin le ministre Xavier Darcos faisait une incroyable volte-face en annonçant le retrait de toutes les mentions qui portaient à caution (origine ethnique, origine du pays, informations sur les parents, antécédent scolaire, dossier médical, etc.). Communiqué aux allures de victoire pour les opposants de la première heure à travers tout le territoire.

Pourtant on peut s’interroger sur ce supposé revirement. En effet, dès avril les inspecteurs académiques certifiaient l’annulation des mentions suspicieuses. Il faut expliquer comment l’on arrive à supprimer des éléments qui sont supposés ne plus exister. Étonnant non ?

Des mentions inquiétantes

Dans cette dérive sécuritaire jamais constatée par le passé, rappelons que ce fichier prévoit ou prévoyait selon où l’on place sa confiance :

• Les données nominatives concernant un enfant sont accessibles à l’Inspecteur de circon¬scription et à l’Inspecteur d’académie (à l’exception du périscolaire), et en grande partie, aux différentes écoles fréquentées par l’élève ainsi que, par la suite, au collège.

• Les données sont conservées « pendant toute la durée de la scolarité [...] soit au maximum 15 ans ». (déclaration du Ministère de l’Éducation nationale à la CNIL, Commission nationale de l’informatique et des libertés).

• En réponse aux parents qui tentent de refuser que les informations relatives à leur enfant soient entrées dans « Base élèves » en ne remplissant pas la fiche de renseignements, l’Inspecteur d’académie de Grenoble recommande, dans une lettre du 14 avril adressée à ses directeurs d’école : « d’entrer les données dont ils disposent et de recourir au système de la « moulinette » c’est-à-dire d’importer les données depuis leur logiciel interne », ce qui est irrégulier.

• Les données concernant les élèves de 70 % des écoles françaises circulent sur internet et ne sont toujours pas sécurisées. Les protections d’accès, demandées depuis longtemps par la CNIL, ne sont toujours pas effectives. En juin 2007, le Canard Enchaîné avait déjà dénoncé la non sécurisation du fichier. Un an plus tard, soit plus de trois ans après le lancement de « Base élèves », la situation n’a pas changé. Les nombreux scandales révélés montrent la fragilité des systèmes informatiques : erreurs (25 % dans le fichier STIC de la police), pertes de données, piratage, évolution en catimini, etc.

• II n’y a aucune garantie pour les parents concernant l’évolution de ce fichier. Le fichier évolue sans contrôle : le 22 juin 2007, la CNIL garantissait que les « notes ou évaluations de l’élève » ne figureraient pas dans ce fichier. Or depuis ont été rajoutées : la validation des compétences (maîtrise de la langue française, mathématique, langue vivante étrangère, possession d’une culture humaniste, compétences sociales et civiques, autonomie et esprit d’initiative). De même, d’autres données sensibles comme les PPRE (suivi pour les enfants en difficulté) et PPS (suivi pour les enfants handicapés), ont été rajoutées. Les champs « nationalité » et « date d’entrée en France » ont été annoncés supprimés fin 2007 et ont été remplacés par « pays de naissance ».

• Le fichier est centralisé : c’est un traitement informatique national. Le Ministère de l’Éducation nationale est maître d’ouvrage du traitement. En liaison avec son entrée dans « Base élèves », chaque enfant se voit attribuer un Identifiant national élève (INE) qui le suivra tout au long de sa scolarité, permettant par exemple d’assurer la liaison entre « Base élèves » et celui du collège.

• Le fichier est partageable avec une autre administration : les mairies, auxquelles l’inspecteur doit communiquer les informations relatives à l’absentéisme des élèves
Les maires ont accès à une partie des informations de « Base élèves ». Par ailleurs, un décret d’application du 14 février 2008 de la loi dite « Loi relative à la prévention de la délinquance » autorise les maires à créer un fichier leur permettant de suivre l’absentéisme des enfants d’âge scolaire, les directeurs et inspecteurs d’académie devant transmettre aux maires les données concernant cet absentéisme. La notion de secret professionnel partagé a été introduite entre la police, la justice, les services sociaux, l’école (directeurs et inspecteurs), avec les maires au centre du dispositif.

• Les champs soumis à l’accord des familles: un simple effet d’annonce, incohérent et sans garantie. Tous ces champs ont clairement un caractère médical ou psychologique. Les directeurs doivent demander l’accord des familles pour renseigner ces champs, mais par ailleurs, la déclaration à la CNIL prévoit que ces champs puissent être directement renseignés par les inspecteurs :
« L’inspecteur chargé de circonscription et l’inspecteur d’académie complètent « Base élèves » dans deux domaines :
- les élèves instruits hors école (famille, CNED, hôpital, établissement spécialisé) ;
- les informations relatives à l’Adaptation et à l’intégration scolaire (AIS) concernant les besoins éducatifs particuliers ou les demandes d’orientation émises.

Édifiant à plus d’un titre.

Sous la pression parentale de son propre camp

Xavier Darcos, entre réforme et coupe sombre, a donc là aussi tranché. Mais pas dans le sens de la loi liberticide.
La mobilisation des enseignants, des parents y est sûrement pour beaucoup. Mais il se murmure surtout que les parents affiliés et proche de l’UMP ont beaucoup agi en découvrant ce fichier et leur émotion a été entendu en plus haut lieu. Si même eux se sont inquiétés, c’est dire…

Maintenant l’intention du ministre est peut-être d’envoyer un signe d’apaisement en éradiquant un fichier qui de toute façon patauge un peu quant à sa mise en place, pour mieux faire passer au pas de charge l’ensemble des réformes scolaires qui lui tient à cœur et surtout à celui de son patron. Dans les hautes sphères, on aime à relire la mythologie, avec une petite préférence pour la guerre de Troie et son cheval.
On regrettera au passage cette tentation de vouloir réformer à tous crins en affaiblissant le système éducatif. L’enseignement scolaire s’américanise, hélas…

Pour en finir – provisoirement – avec le dossier « Base élèves », prudence est mère de sûreté. Cette méfiance est de mise dans cette histoire obscure.
La rentrée scolaire 2008-2009 livrera les réponses. Si finalement on peut déboucher le champagne de la victoire au coup d’arrêt porté à une très dangereuse multiplication de fichiers en tout genre et pour tous les services de l’état, qui s’il ne sait multiplier les petits pains du pouvoir d’achat demeure excessivement créatif à s’inviter dans la vie de ses concitoyens.
Une fois la coupe de bulle vidée, il sera alors grand temps de s’attaquer à cet autre fichier du même calibre que son petit frère « Base élèves », qui sévit depuis bien plus longtemps dans le secondaire et joliment nommé SCONET…

30 avril 2008

Fichage en règle

Publié par ahhhh dans Éducation..., Fichage...

Fichage en règle dans Éducation... img1177.vignette Il est des sujets qui tiennent à cœur. « Base élèves », fichier centralisé interconnecté ayant pour but de répertorier tous les élèves des écoles primaires et leurs familles, en est un tout particulièrement.

C’est au détour d’un dossier que je réalisais pour un quotidien régional, qu’il m’a été donné de découvrir la volonté de nos dirigeants à boucler la boucle du fichage. Il faut appeler un chat un chat.
La surveillance des citoyens, c’est un peu comme le public que revendiquaient les albums de Tintin, de 7 à 77 ans. Sauf qu’ici ce serait plutôt du début jusqu’à la fin.

Bien plus qu’un logiciel ; un programme.

À l’insu des parents, donc, l’Éducation Nationale s’est évertuée à développer un programme qui aurait pu – dû rester dans chaque établissement, ce que demandait d’ailleurs les enseignants. Devant le nombre croissant des obligations à remplir, un directeur d’école à certainement besoin d’informatique pour l’aider dans ses taches administratives. De là à concocter le moyen imparable de tout savoir et tout connaître sur la vie d’un enfant et surtout de sa famille…il n’y a qu’un tout petit fossé que franchit allégrement ce fichier « Base élèves ».

D’autant que le serveur situé à Poitiers permet une large consultation par tout autre organisme ou ministère. Les parents sans papiers dont les enfants sont scolarisés, n’ont qu’à bien se tenir. Les quotas de monsieur le ministre Hortefeux ont de beaux jours devant eux.

L’administration de tutelle assure ne pas vouloir se servir d’éléments personnels mais seulement de statistiques globales. Dans ce cas pourquoi un outil aussi sur dimensionné ?
De nombreux items existent et sont, devenus facultatifs, après avoirs étés montrés du doigt par la CNIL.
Par exemple dans la première mouture de la base, la nationalité et des données ethniques étaient mentionnées. Contrairement à ce que prétend l’administration, elles n’ont pas été supprimées. Mais déplacées vers d’autres onglets… Nuance verbale importante et peu anodine !…
Pour exemple encore, dans l’Orne où 90% du département est sous ce système, les critères de renseignements ont déjà évolué. Désormais la catégorie socio-professionnelle des parents est demandée. Il est évident que cet outil informatique ne fera qu’évoluer. Un inspecteur académique régional – dont je tairais le nom – admettait devant mon stylo et bloc-notes qu’il ne pouvait prédire l’évolution à 10 ans d’un tel programme. Édifiant non ?

Souriez vous êtes fichés !

Un des multiples problèmes que pose également ce programme est son accessibilité. Outre les possibilités de piratage dont, pour le coup, la paranoïa n’est pas de bon aloi. C’est beaucoup plus les personnes qui renseignent ce fichier qui est sujet à caution. Au départ, seuls les secrétaires de Mairie d’une part et les directeurs d’écoles d’autre part sont habilités à le faire.
Or, par manque de temps ces derniers demandent à des auxiliaires de renseigner des questions et données relatives à la vie privée des citoyens. Une incontestable notion de confidentialité.

La tentation de nos gouvernants de tout temps et de toutes couleurs politique, sous couvert de sécurité et de, protection est véritablement de nous ficher. Cela rassure les braves gens. Certains abondent dans leurs sens puisqu’à l’évocation des craintes sur « Base élèves » ils répondent qu’il existe bien la carte d’identité et la carte vitale et qu’un fichier de plus ou de moins ne changera plus rien… Effectivement imparable !

Big brother à de beaux jours devant lui. Et déjà « Base élèves » avait un grand frère SCONET, même type de fichier pour les collèges et lycées mis en place dans la plus grande discrétion il y a quelque temps. Histoire de boucler la boucle.

L’ingéniosité humaine est sans limites à toujours chercher de nous construire le meilleur des mondes.

 

  • En Savoir Plus :

La Ligue des Droits de l’Homme agit beaucoup contre ce fichier. L’antenne de Toulon est l’une des plus active. Elle propose de signer une pétition en ligne. D’autres pétitions circulent sur le net. Sur n’importe quel moteur de recherche tapez « Base élèves » vous serez surpris du nombre de lien.

Le Maire de Grenoble est très actif contre ce programme. La mairie, en conseil municipale a fait voté une motion contre. http://micheldestot.blogs.com/le_blog_de_michel_destot/2008/04/fichier-base-lv.html?cid=112322100#comments

D’autres Mairies aussi ont voté une telle motion comme celle de Saint Genis-Pouilly dans l’Ain.

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