Carnet de Blog

7 mars 2012

Que reste-t-il ?

Publié par ahhhh dans En Passant...

Que reste-t-il du bout de chou qui courrait insouciant, le cœur léger, peut concerné par la vie des adultes. Il avait sa vie à l’écart, légère et simple. Une solitude assumée et recherchée, des journées à imaginer moult actions grandioses. Une vie tumultueuse de héros proclamé courageux et impétueux. Bouffi d’un orgueil juvénile à braver mille dangers et croire en son destin, sans jamais douter qu’il ne puisse être autrement que mirifique.

Que reste-t-il de ce mètre et quelques au cheveu blond comme les blés pointant drus, cadenassé dans son monde abstrait, reclus pour exister et éviter d’être envahi par celui des autres et surtout de ses géniteurs trop occupés à se déchirer. Des instants condensés en souvenirs figés par la paraffine sur du papier glacé, jauni par le temps qui rattrape tout sur son passage. Des fragments de douceur ou de moment de vie tout simplement.

Que reste-t-il de ce bonhomme tantôt taquin et impertinent toujours prompt à affronter plus grand que lui dans des bagarres perdues à l’avance ; tantôt boudeur, triste et renfrogné, bousculé par la vie et ceux qui côtoyaient son univers, parce qu’il n’avait pas appris à croire en la légèreté de l’autre.

Que reste-t-il de cet enfant toujours poli et bien élevé dont on avait bien pris soin qu’il n’exprime aucun sentiment et s’en était fort bien accommodé. Isolé dans un cocon et fort protégeait contre, on ne sait quel danger. Heureux à la ville, dans sa chambre remplie de tout ce dont il avait besoin. Heureux de se vautrer dans l’herbe de la campagne. Heureux de nager dans cette eau qu’il avait apprivoisée pour en faire son élément favori.

Que reste-t-il dans cette vie d’adulte blessé ? Quelle est la part de l’enfant encore en lui ? La part du jeu, de la folie pure et du rire intact. Épris du rêve de vies différentes, éparses et lumineuses, passant d’un monde à un autre. Une vie de liberté, guidée par ses fantasques chimères, lui qui voudrait s’illusionner à n’en jamais douter qu’il subsiste toujours un enfant chez chacun d’entre nous.

Que restera-t-il du petit homme déambulant dans le couloir de ce train, la bouche maculée de cacao, ébahi par la vie et les gens assis qui le regardent attendris.

Que restera-t-il de ces deux gros calots noirs fixés sur qui lui sourit. Pas effrayé de qui veut le toucher et lui parler, confiant dans la main qu’on lui tend.

23 novembre 2011

Mécanique d’(im) précision

Publié par ahhhh dans En Passant...

Tic-Tac, Tic-Tac, mécanique bien moins huilée qu’auparavant.

Singulier le changement, irrémédiable et pourtant imperceptible à l’œil, de cette horlogerie qui fut en son époque, précise.

Une mécanique de précision, réglée comme du papier musique.

Hélas ! Toute remontée dans le temps est interdite. Le matin, les rouages sont encore un peu grippés. Un certain moment leur est nécessaire pour tourner à plein régime, la mise en route peut se révéler laborieuse. La trotteuse à la jeunesse souvent édifiante n’est plus si fringante. Quant aux aiguilles promptes à faire le tour du cadran des heures durant, elles ne sont plus si alertes et entraînantes.

Que ne faut-il de temps pour rattraper la journée et tourner à plein régime ?

Une mécanique bien huilée, qui subit l’effet inexorable du temps, encore heureux qu’elle ne retarde pas.  À midi, l’ensemble a repris forme convenable, à la recherche de temps perdu, l’horloge est de nouveau à l’heure et son rythme correct. Elle qui fut tour à tour sportive, passe-partout ou de soirée. Imperméable aux conditions atmosphériques, imperturbable aux affres météorologiques, tout terrain en définitive.

Jamais elle ne s’est départie de son efficacité légendaire, ponctuelle dans l’action, résistante dans la durée, inoxydable. Ce sont justement l’accumulation des secondes, des minutes et des heures qui auront fatigué l’ensemble. De ces minutes égrenées, quelque chose a changé, invisibles, les altérations se sont faites de plus en plus nombreuses, présentes et finalement incontournables. Pire il va falloir vivre avec et en accepter l’évidence.

Il avait pourtant fallu des décennies pour que tourne cette musique. Des mois d’assemblage, de maturation et de guidage.

Tic-Tac, Tic-Tac, le temps fait son œuvre. Le dateur s’est subitement affolé, les jours comptent double.

Empâté malgré tous les efforts possibles, moins vivaces et moins précis qu’à l’accoutumée, ce corps qui s’observe dans la glace accuse le poids des ans. Le poids du temps qui est passé et de celui qui arrive plus vite encore. Ce corps qui n’est plus une mécanique de précision ; que le moindre faux mouvement peut enrayer. Ce corps, perclus de douleurs au fil des matins. Parfois indicible, parfois bénigne, il y a toujours une petite pointe pour ne jamais oublier, au cas où.

Un rappel à l’ordre pour cet homme qui lui aussi se détaille, interloqué, dans le miroir pour constater impuissant, mais en toute conscience les changements opérés ; assommé par les formes moins affûtées, arrondies qu’a décidé d’épouser sa carcasse ; agacé des raideurs qui parcourent tout son dos ; effaré par la réalité nue et froide de l’âge qui le rattrape, annonciateur d’autres modifications en préparation. Enfin affligé par les maux intérieurs qui ont marqué, sans crier gare, le dessous de ses yeux.

Il éteint précipitamment la lumière de salle de bain pour exorciser le fantôme de la pièce, harassé par le spectacle et les journées devenues trop longues. Il lui est impossible de résister, passé une certaine heure, la marque du vieillissement souligné par la fin de son endurance le frappe de plein fouet.

C’est ce constat qu’il est contraint d’accepter, la rébellion serait-elle vaincue ? Fracassée sur les remparts de la vie qui coule. Il reste encore une solution ; se coucher pour mieux oublier.

7 août 2011

Le crabe

Publié par ahhhh dans En Passant...

Le crabe carnivore est venu s’installer.

Le crabe carnivore s’est installé chez toi.

Il n’est pas question de justice immanente ou d’injustice probante. Il frappe à l’aveugle et tu étais sur son passage. Il est entré dans tes entrailles et s’est installé, comme ça au chaud et heureux. Il se repaît dans son repaire. Il se repaît de toi jusqu’à plus faim. Une fois rassasié, il changera d’endroit. Alors tu vas lutter et aidé par la science des hommes tout faire, absolument tout faire pour éradiquer le mal qui veut te ronger.

La partie n’est pas jouée d’avance. La défaite n’est pas écrite, mais la victoire est encore chimère qu’il ne convient pas de croire certaine, non par superstition qu’il faut laisser aux incrédules, mais simplement parce que tout ceci est affaire de lutte, de courage, d’espoir et de caractère à ne pas vouloir sombrer.

Le temps se compte et le compte à rebours vient d’être lancé. À tous ces adjectifs, tu y ajouteras la patience, car la contrainte de ce que t’impose la médecine est fastidieuse et lourde pour les journées d’un homme. Comme si cela ne suffisait pas de souffrir.

Mais c’est ainsi, c’est le prix à payer pour aller au-delà du mal et du renoncement. Pour aussi éviter l’inéluctable et croire au possible. Il te faudra lutter, te battre et ne rien céder. Il ne faudra jamais renoncer, nous ferons peu, trop peu pour toi et pourtant nous le voudrions. Nous ne ferons que peu parce que nous n’y pouvons pas grand-chose, insignifiants petits êtres forts peu préparés à affronter le crabe carnivore. Tout ce que nous pourrons faire c’est d’être à côté de toi, toujours avec force et conviction. Ça, nous le faisons bien et nous le ferons inlassablement.

Parce que tout simplement, face à la puissance de la nature et de ses mystères, nous opposons la seule chose précieuse en notre possession ; l’amitié, parce que tu es mon ami.

14 juillet 2011

Commedia

Publié par ahhhh dans En Passant...

Une vie… Qu’est-ce qu’une vie ?

Ballet ininterrompu.

La sienne, celle des autres, la somme de toutes les vies.

Ballet ininterrompu

Petites fourmis vaquant à leurs occupations.

Seules ou en couple, écosystème du genre humain.

Elle en larmes, lui adulé

Elle convoitée, lui abandonné

Elle comblée, lui frustré.

Eux ruinés et délaissés, eux vainqueurs et honorés
Lui assassiné, elle sauvée.

Elle violée, lui attentionné.

Lui majestueux et conquérant pendu à son cellulaire

Elle dans la rue errante et sans domicile.

Elle et lui habitués des soirées chics et guindées courant la nuit comme d’autres le cent mètres pour oublier leur vide, leurs affres et leur vacuité

Un enfant en haillons cherchant sa maman ensevelie sous les décombres, surpris par l’ouragan.

Les autres fréquentant les soupers fins et les joutes intellectuels comme on va au cirque.

Ici, on participe aux digressions convenues et aux pensées définitives.

Tandis que là on se demande comment finir le mois, payer le loyer et donner à ses enfants une vie digne.

Grandeurs et décadences.

Des accidents, des incidents, des félicités ou des bonheurs

Les rues remplies de voleurs, de menteurs, de gens bien, empreints de valeurs, accrochés à leurs chimères, à leurs rêves et leurs idéaux.

Croisant des gens perdus ou fervents croyants de divinité jamais apparues.

Une comédie que cette vie, un ballet que ces fourmis.

Des sommités pontifient sur le malheur et la pauvreté humaine et jonglent avec l’argent comme on fait tournoyer trois balles en mousse

Les jours s’enchaînent et les semaines s’égrènent. Une fuite sans fin, une fuite en vain

Des balles, des cris et des pleurs. Des oppressés, des exécutés et des torturés

Des joies indicibles, de l’amour et du sexe.

Couples entrelacés, entremêlés. Couples jouissants. Couples légitimes ou illégitimes.

Beauté féline, beauté orpheline. Laideur repoussante, laideur hideuse

Ballet de couple ébahi, où chacun pense à sa vie, n’a pas d’autres priorités.

Une commedia dell’arte grandiloquente ou majestueuse, pitoyable ou misérable.

Ces fourmis qui vivent en même temps une si grande différence.

Une course effrénée, mais ordonnée.

Mélancolie des âmes errantes, tristesse des corps vivants

Ces fourmis, milliards d’anonymes loin des lumières aspirant au mieux, au bien et dont leurs actes dépendent.

Poser les questions, donner un sens,

un sens giratoire ou un sens unique

Donne un sens à sa vie

Qui s’en souci ?

Qu’est-ce qu’une vie ?

C’est tout cela et bien plus encore.

4 juillet 2011

Humeur noire

Publié par ahhhh dans En Passant...

La plupart du temps

Je n’aime pas les gens

 

Je n’aime pas les gens et leur instinct grégaires

Je n’aime pas les gens et leur attitude grossière

Je n’aime pas les gens et leur impulsion sectaires

 

Je n’aime pas les gens et leur pensé cadenassée

Je n’aime pas les gens et leur façon de penser

Je n’aime pas les gens et leurs idéaux bafoués

 

Je n’aime pas les gens et leur façon de s’habiller

Je n’aime pas les gens et leur façon de se déplacer

Je n’aime pas les gens et leur manière d’évoluer

 

Je n’aime pas les gens et leur irrespect

Je n’aime pas les gens et leur arrogance

Je n’aime pas les gens et leur inconstance

 

Je n’aime pas les gens et leur conception de la vie

Je n’aime pas les gens et leurs petites jalousies

Je n’aime pas les gens et leur vilenie

 

Je n’aime pas les gens et leur certitude

Je n’aime pas les gens et leur rectitude

Je n’aime pas les gens et leur exactitude

 

Je n’aime pas les gens et leur absence de rêve

Je n’aime pas les gens et leur manque de fantaisie

Je n’aime pas les gens et leur enfance enfouis

 

Je n’aime pas les gens et leur petite vicissitude

Je n’aime pas les gens et leur grande turpitude

Je n’aime pas les gens et leur platitude


Je n’aime pas ces gens

La plupart du temps

23 juin 2011

Noir Regard

Publié par ahhhh dans En Passant...

Wourrff… Wour… Arrghhh

Wou… Arrgghh

Impossible d’aboyer, impossible de m’exprimer.

Depuis hier, ce collier qui entrave ma gorge exerce une curieuse action sur mes cordes vocales. Elles sont comme déchirées par une impulsion électrique. Ce sentiment sensoriel m’est particulièrement douloureux. Que m’est-il arrivé ?

Par quel hasard ce machin autour du cou me rend – de force – aphone.

J’ai bien compris que mon maître a posé une espèce de deuxième collier. Depuis, impossible d’éviter la torture dès que me prend l’envie de me manifester. Pourtant il est dans ma nature que de signaler les anomalies, les intrusions sur mon territoire et celui de mes propriétaires.

Au-delà de malfaisants décidés à forcer la porte, c’est même le passage devant la demeure que je préviens, car quels que soient les individus, ils sont toujours et tous suspects.

De haute stature, je suis un boxer, au sens de la race s’entend ! Bien qu’au sens figuré je sois aussi un redoutable combattant.

Je suis un boxer à la truffe aplatie, au regard noir charbon, le sourcil relevé et inquisiteur. Mon faciès, rien que de me regarder, impressionne. Pas seulement les humains de petite taille qu’ils appellent entre eux, les enfants. Non, non tous se méfient, et ils ont bien raison. Je ne ferais de cadeau à personne.

Pourquoi ? Simplement parce que je n’aime personne. Je n’aime pas les gens.

Je n’aime pas les gens. Je n’aime ni les femmes, ni les hommes. Je n’aime pas les gens en uniforme, je n’aime pas les gens dont la couleur de peau diffère. Je n’aime même pas les gens qui sont de même couleur de peau que mes maîtres. Je n’aime pas les autres. Quant aux animaux cela ne diffère en rien. Je déteste les chiens et les chats. Je déteste toute race qui passe devant mon moi. C’est simple.

Alors avant j’aboyais, par instinct, par envie et par gênes. 

Personne n’a à se promener le long de ma clôture. Avant hier, je le faisais remarquer. Je leur faisais bien comprendre leur chance, à être de l’autre côté de la balustrade. J’éructais quand même afin qu’ils ne doutent pas de mon esprit vindicatif. Qu’ils sachent bien qu’ils n’avaient aucune chance, si par bonheur ou malheur selon du côté l’on se place, il me venait la possibilité de les approcher.

Wourrff… Wour… Arrghhh

Wou… Arrgghh

Non, non Impossible d’aboyer. C’est incroyable, mais réellement impossible.

Celui-ci, qui irrémédiablement, tous les matins, passe devant ma grille, le pain sous le bras. Lui, qui insouciant ne se doute pas à quel point je le hais. Je n’en ferais qu’une bouchée. Il me défie du regard, protégé qu’il est par la barrière. Il fait le malin, mais que mon propriétaire entrouvre cette porte et je lui ferais passer l’envie de ne jamais plus s’aventurer dans les parages et me défier.

Cet endroit est le mien. J’y suis depuis des années, je suis né ici, je n’en ai jamais bougé. En quelque sorte le droit du sol. Mon sol.

Je n’autorise quiconque sans une bonne raison. Je me méfie de tous. Je n’aime pas plus, que l’on vienne me tripoter le dos et passer la main sur mon poil ras et soyeux.

Je n’aime que mes propriétaires, une chance pour eux.

Désormais je regarde les gens passés, tous ces gens que je déteste, tous ces gens que j’exècre avec ma truffe aplatie et mon regard renfrogné.

Le regard fixe, méchant, dur, impitoyable. Je les fixe avec fureur. Je suis sûr que cela me rend encore plus terrible. La méchanceté se lie sur mon visage. Je ne fais confiance à personne et c’est bien ainsi. On ne me changera pas de sitôt. Pourquoi d’ailleurs changer quoi que ce soit. Moi je suis heureux. Je ne demande rien, sauf à ce que l’on ne vienne pas empiéter sur mes plates-bandes.

Rien de compliquer, qu’ils respectent mes frontières et tout se passera pour le mieux. Je n’ai pas envie d’échanger, de discuter. Je ne veux voir personne et n’ai pas besoin d’affection, de tendresse et tous ces sentiments à la guimauve, suintant de bons sentiments. On est toujours mieux chez soi seul que mal accompagné chez les autres.

Je les regarde passer, frustré, aigri, sans pouvoir réagir et leur dire combien je les honnis. C’est comme cela. Qu’on le veuille ou non, c’est dans l’ordre de la nature.

12 juin 2011

Fenêtre en sous-sol

Publié par ahhhh dans En Passant...

Une vue imprenable sur les autres habitations

Une vue imprenable sur les petites maisons

Un jardin de pierres bâties

Pour assurer le repos et l’éternité

Les maisonnettes ne se ressemblent guère

Nous n’avons pas tous eu le même architecte

De formes et de matières différentes

Elles sont toutes dans leur horizontalité

Voisins sympas et pas bruyants

Pour une fois, on ne se fâchera pas

Le temps s’écoule doucement

Pas beaucoup de dérangement

Ici, le silence est exigé

Par toute la copropriété

On nous respecte et même on nous chérit

Nous avons parfois un peu de compagnies

Un petit vieux ou une petite vieille

Qui viennent pour parler un peu

Ils passent ici aussi, pour visiter

Leur prochaine résidence

En quelque sorte l’appartement-témoin

Il y a également de la mélancolie

Quand un plus jeune vient larmoyer

Ou de notre absence se désespérer

Un peu de pleurs et de vague à l’âme

De ne pas avoir su plus s’aimer

On finit toujours par être regretté

Mais jamais ne dure cet échange

Le temps ne permet que l’on s’épanche

Je sais qu’on vient déposer des fleurs

De celles que j’aime, des roses aux épines acérées

Dont le parfum ne parvient jamais à aiguiller mes narines

Cela n’a guère d’importance

La décoration sert à ceux qui la préparent

Nous n’avons plus les mêmes priorités

Dans ce repaire reposant

Une fois de plus je n’ai pas choisi

Ni l’endroit ni l’envie

J’avais laissé le soin à mes enfants de la payer

Mes quatre planches et ces quatre poignées

18 mars 2011

Minutes suspendues

Publié par ahhhh dans En Passant...

Ils étaient assis à l’arrêt de bus, sages. Seul le petit homme dont les pieds ne touchaient terre agitait ces jambes dans le vide, d’avant en arrière. Un mouvement de balancier qui traduisait l’ébullition des pensées de son cerveau. À moins que ce ne soit l’ennui de l’attente.

Il n’était effrayé de rien. Son regard se promenait de-ci, de-là, sans vraiment se fixer, sans vraiment chercher quelque chose de particulier. Il attendait, avec son papa, un bus qui tardait à venir.

L’homme, lui, avait la tête penchait en arrière, appuyée contre la paroi en verre de l’abri. Il faisait face au soleil dont il profitait. Les premiers dards printaniers, à défaut de lui réchauffer le cœur, inondaient sa peau et lui apportait quelque réconfort. Il était livide, une barbe brune et dense, de plusieurs jours, accentuait ses traits tirés.

Il trahissait la fatigue, la douleur et bien plus le chagrin.

L’attitude insouciante du petit tranchait singulièrement avec le père. L’un semblait exagérément abattu tandis que l’autre paraissait démesurément serein.

Chacun vivait cet instant à sa façon et diamétralement opposé, avec une attitude presque anachronique.

Le seul événement factuel qui les liait était l’attente interminable du bus à cet arrêt. La question que posa soudainement l’enfant mesura, pour le père, son incompréhension.

-       Tu es triste ?  

L’homme mit du temps pour s’extirper de sa léthargie et autant de temps pour trouver une réponse de circonstance. Il laissa en suspens, l’espace d’un moment, l’interrogation.

-       Oui, un peu

Dans l’atténuation de sa réponse, cherchait-il à ne pas effrayer son fils – probablement.

L’enfant laissa son regard, aller et venir, sans regarder son père.

-       Non, tu as l’air vraiment triste

-       Ne t’inquiète pas

-       Tu es triste parce que maman est partie ?

-       Oui forcément

Lui sentit les larmes monter. Il réprima ce flot qu’il voulait absolument éviter face à son enfant. Le petit posa, doucement, sa main sur celle de son papa

-       Elle ne reviendra plus ?

-       Non chéri, elle ne reviendra plus

-       Elle est dans un endroit plus joli ?

-       Oui en quelque sorte

-       Elle pense à nous ?

-       Sans aucun doute, sans aucun doute

Sa phrase répétée fit écho dans sa tête.

-       Mais tu devrais penser à autre chose, arriva-t-il à murmurer. Tu sais nous en avons déjà parlé.

-       Oui je sais, dit le petit garçon buté, mais j’avais envie d’en parler encore. Et puis je te voyais triste

-       Ça va passer, c’est la vie mon bonhomme

-       Mais nous, on est en vie papa

-       Oui, tu as raison bonhomme, nous sommes en vie

-       Alors c’est bien, dit-il simplement

Son père se garda d’ajouter quoi que ce soit et renversa sa tête contre la paroi vitrée de l’abri pour reprendre une dose de soleil et laissa la phrase se perdre dans l’air réchauffé.

23 janvier 2011

La belle action du chasseur

Publié par ahhhh dans En Passant...

La brume automnale enveloppait encore tendrement les arbres et une luxuriante végétation s’épanouissait à leurs pieds, humidifiée par une mousse d’un vert éclatant. L’atmosphère ouatée et suintante amortissait tous les bruits environnants, chuintant les sons pour ne pas réveiller les nombreux habitants de l’endroit. Pourtant, ce tableau fantasmagorique fût troublé par des intonations anachroniques.

« Gling, gling, gling »

« Cherche, cherche ! »

« Gling, gling, gling »

« Cherche, cherche ! »

Je ne sais pas ce qui m’énerve le plus. Ce qui pollue le plus mon esprit. Est-ce le bruit incessant de cette clochette suspendue à mon cou chargée de toujours signaler l’endroit de ma présence à celui qui se nomme mon maître. Ou, justement lui, cet homme rubicond – sûrement le froid ou autre chose ou tout à la fois – qui ne cesse de m’invectiver de la voix afin que je trouve pour lui ce qu’il ne peut pas faire tout seul.

« Gling, gling, gling »

« Cours, reviens, cherche ! »

« Gling, gling, gling »

« Cours, reviens, cherche ! »

Que cela m’agace, en même temps, je ne sais pas faire autre chose. Ce doit être génétique, sans aucun doute.

Je renifle à gauche, à droite. Je redresse la tête ; observe, écoute le moindre bruit puis instinctivement replonge ma truffe dans le sol pour détecter l’odeur du gibier que l’on attend que je déniche.

« Gling, gling, gling »

« Cherche mon chien, cherche ! »

Vous concéderez que notre conversation est sommaire. Bien sûr nous ne sommes pas dans un salon à converser, une tasse de thé à la main, sur le dernier traité de philosophie.

En cette saison, nous arpentons bois et bosquets à la recherche du Graal à plumes ou à poils. En  termes moins châtiés, faire le carton sur un bestiau et surtout ne pas rentrer bredouille à la maison de chasse. Suprême hantise de mon propriétaire qui se verrait brocarder par ses comparses à son arrivée au pavillon où tous se rassemblent vers la fin de l’après-midi pour narrer leurs exploits qu’ils estiment champêtres. Subir leur humiliation serait proprement intolérable, en plus de s’acquitter de la tournée générale à ses frais. Aussi loin que ma mémoire canine me le permet, je crois bien que cela n’est pas souvent arrivé.

Dans cette bicoque de bois, où filtre les courants d’air, ils n’ont pas leur pareil pour rejouer leurs scènes, mimant force détails les instants cruciaux, les moments héroïques, sous l’œil goguenard et assoupi de leurs animaux domestiques, dont je fais partie, et qui savent que la moitié du récit est bien largement étoffée. Fort heureusement, pour eux, nous n’avons pas la parole.

Leurs éclats de rire ponctueront les lampées de rouge qu’ils absorberont à profusion. Les histoires prendront des tournures rocambolesques sous une hilarité générale et grandissante. Enfin quand les températures corporelles auront rejoint celle de la pièce et taries les plaisanteries graveleuses ; ils nous sommeront de nous lever pour reprendre la route de leur chaumière, jurant, crachant que dimanche prochain, pas un lapin, pas une perdrix ne seront épargnés. Chez eux ont ne déroge pas à ce rituel.

« Gling, gling, gling »

« Allez mon chien cherche, cherche, c’est bien ! »

En attendant, nous sommes toujours en quête de la timbale qui pourtant nous fuit depuis le début. Malgré son air débonnaire, je sens bien au son de la voix, l’extrême tension de mon maître. Rentrer la besace vide est impensable.

Aujourd’hui, j’ai un mauvais pressentiment et je crains que cela ne se produise. À quoi est-ce dû ? Est-ce moi qui suis moins aiguisé ? Mes sens seraient-ils en berne ? Trahis par de multiples sollicitations ou pensées. Tant il est vrai que j’ai les neurones vagabonds depuis quelques semaines.

« Gling, gling, gling »

‘Hunter ! Cherche ! Cherche voyons ! »

Ah ! vous voyez, il s’impatiente et m’invective. Sa voix se crispe, ses cordes vocales se raidissent et témoignent d’une grande anxiété. Ça va être ma fête au retour. À vrai dire, je m’en soucie peu. Je n’ai d’yeux que pour elle ; un griffon tout mignon. Elle est belle comme le jour avec sa longue robe de poil frisotté poivre et sel. Des poils qui lui tombent sur ses yeux charbons pour les recouvrir totalement. Elle est belle et je suis amoureux. Comble de bonheur – mon bonheur – elle m’aime aussi ; dernièrement, nous nous sommes accouplés, à la faveur d’une escapade romantique, à jamais gravée dans ma mémoire.

Mais voilà, mes dimanches actuels ne sont plus libres. Pas un instant de répit que je pourrais destiner à ma dulcinée. Je dois aider mon maître à trucider quelques bestioles et satisfaire son hobby grégaire qui réveille leurs instincts les plus guerriers. Tandis que moi j’aimerais tant servir à autre chose.

Moi, je voudrais être un bouvier, sauvant une petite fille de la noyade, tombée par inadvertance dans un lac gelé. Je pourrais être un Saint-Bernard portant secours en haute montagne, retrouvant une cordée d’impétueux alpinistes échoués dans une crevasse.

Mais je ne suis rien de tout cela. Mon rôle se cantonne à débusquer la viande qui finira terrine ou civet. Chacun sa croix, la vie est décidément mal faite. Ne pouvant lutter contre l’ordre des choses, j’exécute ce pour quoi j’ai été conçu. Quelle fatalité.

Au fond de moi, je sens bien ces temps-ci que je n’ai pas le feu sacré. Doute ? Manque de motivation ? Les deux à la fois. Je devrais prendre garde, si je ne veux pas être remplacé. Je sais que mon propriétaire me sacrifiera sans vergogne. Il a de l’attention, ce n’est pas la question. D’ailleurs, il me choit plus que sa propre femme, mais tout ceci a des limites. Tant que je remplis mon rôle, je ne risque rien. Mais son affection calculée s’arrête là où commence sa réputation. Réputation qui, elle, ne saurait être remise en cause.

Il va falloir que je me secoue la couenne et faire sortir le lapin du bois. Fort heureusement il existe un Dieu pour les chiens chasseurs. Mon odorat vient de tomber sur un parfum bien identifiable ; du garenne où je ne m’y connais plus. Je tombe en arrêt ! Plus de « gling, gling », tendu, le museau pointé, je signale la présence du mammifère. Mon chasseur de maître change de ton et chuchote. L’adrénaline se distille dans tout son corps, les sens à l’affût. La gloire proche, à portée de canon.

Nous écoutons, crispés sur l’objectif, rien ne peut nous distraire, guettant les moindres soubresauts de la future proie traquée.

« Vas-y ! » éructa-t-il, d’un seul coup, à mon encontre.

Je bondis telle une pile, « Gling, gling, gling gling, gling, gling ». Un « gling, gling » qui se perdit dans la majesté de cette forêt. S’engagea une course effrénée, haletante. Une course à mort, je sentais la peur du chassé. Nous n’avions pas la même allure. A lui la peur, pour moi la terreur. Il cherchait une échappatoire. Nos muscles étaient bandés. Il avait l’instinct de survie chevillait aux pattes, moi la hargne du prédateur. Ma course était calée à ses mouvements. Il virait, j’en faisais autant, il modifiait son cap, je rectifiais mon tracé. J’étais son ombre. Toutes les décisions se prenaient aux millièmes de secondes.

Il me fallait réussir, je n’aurai aucune excuse. Lors de ma dernière sortie, j’avais loupé un faisan, manque de concentration. Je vous le disais, mais ma tête n’était pas à la chasse, mais bien à ma douce et tendre compagne. Une belle de douceur à qui mes sorties dominicales ne plaisent guère. En fait, elle abhorre la chasse. Elle trouve cette activité bestiale, barbare et cruelle. Elle n’a peut-être pas tort. Mais ai-je le choix ?…

Oui ! Bien évidemment que j’ai la possibilité de changer le cours des choses. Je décidai donc de ralentir imperceptiblement ma course. Mes trajectoires devinrent moins précises et surtout plus larges. Je répondais moins vite aux changements de direction imposés par le fuyard. Déjà il me distançait nettement. Il détalait, sûrement fier de me larguer, sans comprendre ce qui m’animait réellement. Je ne voyais plus distinctement son arrière-train, il y a peu à deux doigts de mes crocs.

Hélas je ne pourrai me justifier auprès de mon propriétaire de mon acte insensé, fort peu naturel. J’entendrai probablement parler du pays et n’éviterai pas ses vociférations et beuglements qui dureront la semaine. Pauvre de moi.

La poursuite allait prendre fin, et si je ne passe pas mon temps à secourir les fillettes ou les alpinistes en détresse, ce soir, il y aura tout de même un Jeannot des bois qui retrouvera sa famille nombreuse, un peu grâce à moi. De mon côté, je pourrai me consoler en racontant cette décision à ma chérie et la rendre fière de me voir accomplir une belle action.

9 novembre 2010

Mon pire ennemi

Publié par ahhhh dans En Passant...

Tu rôdes autour de nous, moi j’ai peur de te croiser au détour d’une ruelle noire. Ton nom me terrifie et me dégoûte. Je tremble à ta simple évocation, il m’est le plus souvent impossible de songer à ton existence. Je cours pour oublier, je vis pour ne pas me souvenir. J’oublie pour ne pas brailler. Je gueule  pour ne pas y penser.

Il m’arrive d’être serein l’espace d’un instant, mais ta noirceur n’est jamais bien loin pour me frôler et m’imposer ta constante présence. J’essaie de voir les choses différemment, je pense pouvoir t’effacer au coin du boulevard d’à côté. Dormir est un supplice, j’ai peur que ce ne soit qu’un de tes subterfuges pour m’attirer vers toi, me prendre et ne jamais me rendre à la lumière du jour qui me rassure. Cependant, je suis parvenu à ne plus vivre la nuit pour me prouver que je pouvais faire avec. J’ai tout essayé dans la clarté de la vie et des jours bénis. Ces journées construites pour te rire au nez, pour gagner ce défi.

Pourtant à la seule mention de ton patronyme, je blêmis, une boule élit domicile dans mon estomac, se fige et le vide m’envahit bloquant toute velléité. Une fois de plus ton emprise s’étend en vainqueur arrogant. Je transpire et aboie mon effroi, je perds à nouveau ce combat.

Tu me terrorises de ta présence discrète qui implacablement attend l’heure de l’appel. Je sais que tu peux surgir sans même crier gare, sans avoir besoin de prévenir, c’est même ton malice.Des armées de combattants sont partis à l’assaut, aucun n’en est jamais revenu. C’est ton style, tu ne fais pas de quartier, pas de prisonnier. Alors, moi, je refuse la bataille ; je tremble, ivre de terreur.

Encore aujourd’hui, une fois de plus, je suis brûlant de fièvre, un corps incandescent. Je crie mon désarroi à en faire exploser les poumons, je respire avec oppression, le souffle court, haletant.  Je te déteste, je te hais. Je tombe à genoux, je voudrais pleurer, aucune ne larmes ne vient pourtant. Une colère froide m’entoure, une ire mélanger, suintant l’épouvante. Je ne peux pas pleurer, mes yeux sont asséchés par la haine et la nausée que tu m’inspires.

Je suis désarmé face à ce trou noir qui nous aspire. Ce néant dans lequel tu nous précipites, sans espoir de rémission. Il ne restera rien de nous. Nous passons à la vitesse de l’éclair, sans une trace, sans une marque. Toi tu persévéreras dans ton œuvre. Tu n’as ni âge, ni corps. Tu es sans frontières, ton territoire est sans fin, tu frappes à l’aveugle sans jamais oublier personne.

Je m’interdis de te nommer, comme pour gagner de ne jamais te faire l’honneur à te scander. Par crainte aussi de déclencher ce vide abyssal, ce noir total. Tu sais le mal que tu me fais, et je connais ton sadisme à t’en réjouir.

C’est une fin du monde en soi. Le néant. Rien que l’on puisse décrire. Aucun chercheur, aucune représentation raisonnable ou raisonnée. Alors comment pourrais-je l’être ? Je n’ai pas cette force pour lutter, je fais semblant d’exister, je donne le change. Par tous les moyens, je cherche à ne pas faire de bruit pour éviter de réveiller la bête qui sommeille.

Passons un pacte, veux-tu, pourquoi pas ?

Je voudrais que tu m’oublies que tu cesses de m’obnubiler. Passe ton chemin et laisse moi en paix, s’il te plait.

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