Carnet de Blog

4 juillet 2011

Humeur noire

Publié par ahhhh dans En Passant...

La plupart du temps

Je n’aime pas les gens

 

Je n’aime pas les gens et leur instinct grégaires

Je n’aime pas les gens et leur attitude grossière

Je n’aime pas les gens et leur impulsion sectaires

 

Je n’aime pas les gens et leur pensé cadenassée

Je n’aime pas les gens et leur façon de penser

Je n’aime pas les gens et leurs idéaux bafoués

 

Je n’aime pas les gens et leur façon de s’habiller

Je n’aime pas les gens et leur façon de se déplacer

Je n’aime pas les gens et leur manière d’évoluer

 

Je n’aime pas les gens et leur irrespect

Je n’aime pas les gens et leur arrogance

Je n’aime pas les gens et leur inconstance

 

Je n’aime pas les gens et leur conception de la vie

Je n’aime pas les gens et leurs petites jalousies

Je n’aime pas les gens et leur vilenie

 

Je n’aime pas les gens et leur certitude

Je n’aime pas les gens et leur rectitude

Je n’aime pas les gens et leur exactitude

 

Je n’aime pas les gens et leur absence de rêve

Je n’aime pas les gens et leur manque de fantaisie

Je n’aime pas les gens et leur enfance enfouis

 

Je n’aime pas les gens et leur petite vicissitude

Je n’aime pas les gens et leur grande turpitude

Je n’aime pas les gens et leur platitude


Je n’aime pas ces gens

La plupart du temps

23 juin 2011

Noir Regard

Publié par ahhhh dans En Passant...

Wourrff… Wour… Arrghhh

Wou… Arrgghh

Impossible d’aboyer, impossible de m’exprimer.

Depuis hier, ce collier qui entrave ma gorge exerce une curieuse action sur mes cordes vocales. Elles sont comme déchirées par une impulsion électrique. Ce sentiment sensoriel m’est particulièrement douloureux. Que m’est-il arrivé ?

Par quel hasard ce machin autour du cou me rend – de force – aphone.

J’ai bien compris que mon maître a posé une espèce de deuxième collier. Depuis, impossible d’éviter la torture dès que me prend l’envie de me manifester. Pourtant il est dans ma nature que de signaler les anomalies, les intrusions sur mon territoire et celui de mes propriétaires.

Au-delà de malfaisants décidés à forcer la porte, c’est même le passage devant la demeure que je préviens, car quels que soient les individus, ils sont toujours et tous suspects.

De haute stature, je suis un boxer, au sens de la race s’entend ! Bien qu’au sens figuré je sois aussi un redoutable combattant.

Je suis un boxer à la truffe aplatie, au regard noir charbon, le sourcil relevé et inquisiteur. Mon faciès, rien que de me regarder, impressionne. Pas seulement les humains de petite taille qu’ils appellent entre eux, les enfants. Non, non tous se méfient, et ils ont bien raison. Je ne ferais de cadeau à personne.

Pourquoi ? Simplement parce que je n’aime personne. Je n’aime pas les gens.

Je n’aime pas les gens. Je n’aime ni les femmes, ni les hommes. Je n’aime pas les gens en uniforme, je n’aime pas les gens dont la couleur de peau diffère. Je n’aime même pas les gens qui sont de même couleur de peau que mes maîtres. Je n’aime pas les autres. Quant aux animaux cela ne diffère en rien. Je déteste les chiens et les chats. Je déteste toute race qui passe devant mon moi. C’est simple.

Alors avant j’aboyais, par instinct, par envie et par gênes. 

Personne n’a à se promener le long de ma clôture. Avant hier, je le faisais remarquer. Je leur faisais bien comprendre leur chance, à être de l’autre côté de la balustrade. J’éructais quand même afin qu’ils ne doutent pas de mon esprit vindicatif. Qu’ils sachent bien qu’ils n’avaient aucune chance, si par bonheur ou malheur selon du côté l’on se place, il me venait la possibilité de les approcher.

Wourrff… Wour… Arrghhh

Wou… Arrgghh

Non, non Impossible d’aboyer. C’est incroyable, mais réellement impossible.

Celui-ci, qui irrémédiablement, tous les matins, passe devant ma grille, le pain sous le bras. Lui, qui insouciant ne se doute pas à quel point je le hais. Je n’en ferais qu’une bouchée. Il me défie du regard, protégé qu’il est par la barrière. Il fait le malin, mais que mon propriétaire entrouvre cette porte et je lui ferais passer l’envie de ne jamais plus s’aventurer dans les parages et me défier.

Cet endroit est le mien. J’y suis depuis des années, je suis né ici, je n’en ai jamais bougé. En quelque sorte le droit du sol. Mon sol.

Je n’autorise quiconque sans une bonne raison. Je me méfie de tous. Je n’aime pas plus, que l’on vienne me tripoter le dos et passer la main sur mon poil ras et soyeux.

Je n’aime que mes propriétaires, une chance pour eux.

Désormais je regarde les gens passés, tous ces gens que je déteste, tous ces gens que j’exècre avec ma truffe aplatie et mon regard renfrogné.

Le regard fixe, méchant, dur, impitoyable. Je les fixe avec fureur. Je suis sûr que cela me rend encore plus terrible. La méchanceté se lie sur mon visage. Je ne fais confiance à personne et c’est bien ainsi. On ne me changera pas de sitôt. Pourquoi d’ailleurs changer quoi que ce soit. Moi je suis heureux. Je ne demande rien, sauf à ce que l’on ne vienne pas empiéter sur mes plates-bandes.

Rien de compliquer, qu’ils respectent mes frontières et tout se passera pour le mieux. Je n’ai pas envie d’échanger, de discuter. Je ne veux voir personne et n’ai pas besoin d’affection, de tendresse et tous ces sentiments à la guimauve, suintant de bons sentiments. On est toujours mieux chez soi seul que mal accompagné chez les autres.

Je les regarde passer, frustré, aigri, sans pouvoir réagir et leur dire combien je les honnis. C’est comme cela. Qu’on le veuille ou non, c’est dans l’ordre de la nature.

12 juin 2011

Fenêtre en sous-sol

Publié par ahhhh dans En Passant...

Une vue imprenable sur les autres habitations

Une vue imprenable sur les petites maisons

Un jardin de pierres bâties

Pour assurer le repos et l’éternité

Les maisonnettes ne se ressemblent guère

Nous n’avons pas tous eu le même architecte

De formes et de matières différentes

Elles sont toutes dans leur horizontalité

Voisins sympas et pas bruyants

Pour une fois, on ne se fâchera pas

Le temps s’écoule doucement

Pas beaucoup de dérangement

Ici, le silence est exigé

Par toute la copropriété

On nous respecte et même on nous chérit

Nous avons parfois un peu de compagnies

Un petit vieux ou une petite vieille

Qui viennent pour parler un peu

Ils passent ici aussi, pour visiter

Leur prochaine résidence

En quelque sorte l’appartement-témoin

Il y a également de la mélancolie

Quand un plus jeune vient larmoyer

Ou de notre absence se désespérer

Un peu de pleurs et de vague à l’âme

De ne pas avoir su plus s’aimer

On finit toujours par être regretté

Mais jamais ne dure cet échange

Le temps ne permet que l’on s’épanche

Je sais qu’on vient déposer des fleurs

De celles que j’aime, des roses aux épines acérées

Dont le parfum ne parvient jamais à aiguiller mes narines

Cela n’a guère d’importance

La décoration sert à ceux qui la préparent

Nous n’avons plus les mêmes priorités

Dans ce repaire reposant

Une fois de plus je n’ai pas choisi

Ni l’endroit ni l’envie

J’avais laissé le soin à mes enfants de la payer

Mes quatre planches et ces quatre poignées

2 juin 2011

Volcan

Publié par ahhhh dans Textuels...

 

C’est sur ce rocher que nous nous sommes rencontrés

Un volcan en fusion que la lave avait déformé

Il y avait entre nous tellement de différence

Que cette union n’était qu’une espérance

 

Heureusement, le cœur fait toujours sa loi

Et tes yeux se sont posés sur moi

Immédiatement, je suis devenue différente

Tu m’as rendue belle et séduisante

 

Tu as été délicat, drôle et prévenant

Tu as su être attentionné et différent

Deux êtres fragiles, devenus complices

Deux âmes brûlantes sous l’été du solstice

Devant tant de fusion et d’intensité

Même le magma furieux s’en est allé

 

Un sourire sous le soleil de cette île de merveille

Un espoir flamboyant sous les fruits du soleil

Les caresses divines de la mer à nos pieds

Célébré par les étoiles filantes pour nous accompagner

 

Si les regards ont été incrédules ou réprobateurs

Sur cette union sûrement compliquée

Jamais, jamais nous n’aurions cédé

À ces adultes réfractaires et moralisateurs

 

Je ne sais pas si c’est toi que j’attendais

Tu ne sais pas pourquoi je t’ai choisi

Jamais nous ne pensions le destin ainsi

Au premier rendez-vous, j’ai su que tout s’installait

 

Un sourire sous le soleil de cette île de merveille

Un espoir flamboyant sous les fruits du soleil

Les caresses divines de la mer à nos pieds

Célébré par les étoiles filantes pour nous accompagner

 

Saurons-nous contourner le mur érigé

Tout nous sépare disent-ils

Tout nous retient pensent-ils

Les obstacles sont faits pour être surmontés

 

Saurons-nous être plus malins qu’eux

Je m’interroge quelquefois, un peu

Je sais qu’il nous reste toute une histoire à bâtir

Il y a cette vie avec toi que je veux aboutir

Mon amant, je te rejoindrai un jour

Tu viendras me chercher par amour

 

Un sourire sous le soleil de cette île de merveille

Un espoir flamboyant sous les fruits du soleil

Les caresses divines de la mer à nos pieds

Célébré par les étoiles filantes pour nous accompagner

3 mai 2011

Une autre fois

Publié par ahhhh dans Textuels...

J’ai oublié les noms et les gens

Ce que je fus devient confus

Les lieux ne me rappellent rien de précis

J’invente des situations pour avoir une histoire

Je crois en un personnage que je ne suis plus

 

Si je pouvais tout recommencer

Voudrais-je tout refaire

Savoir tout remettre en question

Avoir le courage de construire autrement

S’affranchir des peurs et des carcans

Ne plus dépendre, vivre sans contraintes

 

Nous sommes les enfants du vent

Enfantés par le miracle

Dont je n’ai pas su profiter

Pourrait-il reproduire ce mystère

Avoir une seconde chance de se réaliser

Libérer à jamais des chaînes

 

Est-ce que vivre, c’est ainsi

Est-ce que mourir, c’est ainsi

Le ciel s’assombrit

Les nuages s’amoncellent

La nuit surgit et m’enveloppe

La nuit noire et froide, je pars

 

Pour certains vivre le lendemain

Était déjà un exploit, un peu vain

Mes rêves existaient un temps

Je n’y ai pas toujours cru suffisamment

La vie est un amas de bonheur et de malheur

Je suis là sans trop savoir pourquoi

Qui m’a donné un but précis

 

J’aurais probablement aimé cela

J’aurais vécu aussi facilement que cela

J’ai refusé le bonheur qui venait à moi

Pourtant j’ai tout fait pour qu’il soit là

 

Est-ce que vivre, c’est ainsi

Est-ce que mourir, c’est ainsi

Le ciel s’assombrit

Les nuages s’amoncellent

La nuit surgit et m’enveloppe

La nuit noire et froide, je pars

 

Les ombres dansent et m’enlacent

Les regrets et les tourments

De ce que je suis devenu

Bridé, apeuré et faussement fier

On est rarement ce que l’on voudrait devenir

 

Mes rêves emportés par l’ogre de la bienséance

La peur aussi de ce que j’ai laissé s’insinuer

Retenu, avec plein gré de prisonnier autoproclamé

Ces doutes et ces craintes pour ne pas saisir la chance

 

Est-ce que vivre, c’est ainsi

Est-ce que mourir, c’est ainsi

Le ciel s’assombrit

Les nuages s’amoncellent

La nuit surgit et m’enveloppe

La nuit noire et froide, je pars

26 avril 2011

À l’extrême

Publié par ahhhh dans Textuels...

Ma vie ressemble aux images autocollantes

Celles de mon enfance déjà violente

Ma vie est belle et jamais ne l’échangerait 

Je vis en troupeau pour me sentir vrai

 

De tribunes en gradins, un pack à la main

La bière et la castagne comme gagne-pain

Je colle les affiches et celui qui s’y oppose

Je fais fureur dans mon quartier et en impose

 

J’emplis mes oreilles de sons inaudibles

Nous sommes des ultras, caricatures pour les braves gens

Le cauchemar des stades, la plaie des journaleux

Antithèse absolue du supporter footeux

 

Je n’aime que le blanc

Je suis bête et méchant

je vis à l’extrême limite

Je ne sais pas ce qui est pire

Je ne connais pas mes limites

Avec moi vous pouvez craindre le pire

 

Ma vie est faite de bousculades et de coups

Ma vie c’est le groupe et la boue

L’instinct grégaire sert à me rassurer

La meute pour ne pas avoir à cogiter

Encadré comme il faut, je ne crains personne

Je rabâche les phrases que l’on m’assène

 

Dans cette bande, j’ai une fonction et une existence

Je suis quelqu’un qui à de l’importance

On est unis avec nos pensées rabougries

Courtes comme les cheveux que l’on rase un peu

Mais je fais peur à tous ceux qui nous défient

Armés, bêtes, méchants et dangereux

 

Je n’aime que le blanc

Je suis bête et méchant

je vis à l’extrême limite

Je ne sais pas ce qui est pire

Je ne connais pas mes limites

Avec moi vous pouvez craindre le pire

 

Certains disent que sans mes potes je ne suis rien

Ils me font rire, qu’ils viennent me traiter de vaurien

On casse de l’étranger et affole les bombes

Quand on n’est pas au match, on va noircir quelques tombes

Histoire d’emmerder le bourgeois et le rupin

On rigole juste pour faire chier le youpin

Après avoir descendu quelques gueuses

On n’est jamais à court d’idées odieuses

Jusqu’à balancer un bronzé par-dessus le parapet

Sa seule erreur était de nous avoir croisés

On hante les rues de Paname avec les bâtons

On trouvera toujours à cogner les ratons

 

On a l’ordre nouveau et le geste tendu facile

Nos codes vestimentaires reconnaissables entre mille

On rêve d’une société à notre image structurée

Autour de notre chef et d’une vie ordonnée

Où vous seriez terrés comme des rats

À ramper à nos bottes et nous tendre les bras

 

Je n’aime que le blanc

Je suis bête et méchant

je vis à l’extrême limite

Je ne sais pas ce qui est pire

Je ne connais pas mes limites

Avec moi vous pouvez craindre le pire

20 avril 2011

Exister

Publié par ahhhh dans Textuels...

Je voulais exister toujours

Travailler encore et sans remords

Jamais renoncer par amour

Évoluer, grâce à mes efforts

 

Ils m’ont humilié souvent

Mis à l’écart tout le temps

Fait remplir les besognes ingrates

Celles dont ils ne voulaient s’acquitter

 

Il a fallu toujours me surpasser

Jamais lâcher pour ne pas sombrer

Ils n’avaient aucune ferveur

J’avais la foi pour mille

 

Je voulais exister toujours

Travailler encore et sans remords

Jamais renoncer par amour

Évoluer, grâce à mes efforts

 

Je pensais pouvoir progresser

J’ai vraiment cru qu’ils allaient m’élever

Mais ce n’était pas leur intention

Cadre à peine supérieur, sans prétention

 

Je n’avais pas leurs diplômes fameux

J’en savais pourtant autant qu’eux

J’étais volontaire et courageux

Mais ils préféraient rester entre eux

 

Je voulais exister toujours

Travailler encore et sans remords

Jamais renoncer par amour

Évoluer, grâce à mes efforts

 

Alors, j’ai fini par céder

J’ai définitivement cessé de lutter

S’en était trop, ils ont eu raison de mon travail

Leur système n’aime que le bétail

 

J’ai décidé de tout oublié

J’ai vendu mes principes

Balancé ma famille et ma vie

J’ai préféré la haine et la vengeance

J’ai choisi la fuite et la folie

M’abandonner dans le raisin.

 

Je voulais exister toujours

Travailler encore et sans remords

Jamais renoncer par amour

Évoluer, grâce à mes efforts

 

Je voulais exister toujours

Travailler encore et sans remords

Jamais renoncer par amour

Évoluer, grâce à mes efforts

1 avril 2011

Pourquoi ?

Publié par ahhhh dans Textuels...

C’eût été tellement simple et déjà vu

D’idées reçues en sentiments préconçus

Comme toutes les mères tu avais donné

Ce qu’il y a de plus beau, de plus sacré


Comme des milliers de mamans

Tu as donné la vie et pas qu’une fois

Enfanter pour transmettre cette foi

Enfanter pour l’humanité de cet élan

 

Il suffisait de presque rien

Des gestes un peu répétitifs

Des signes d’amour instinctif

La traduction des sentiments

 

Fallait-il que ton cœur soit asséché

Comme un puisard dont l’eau se serait évaporée

Peut-être n’étais-tu pas capable de donner

Aimer simplement, sans calcul, sans fard

 

Tu as préféré mentir, te mentir

Tu ne voulais qu’une chose, une seule garantie

Tu ne cherchais que l’amour d’autrui

Juste pour toi et sans partage

 

Combien tu as dû manquer d’affection

Pour ne plus être, à ton tour, capable d’en procurer

C’est plus fort que toi, tu n’as pas cherché

Faire autrement qu’intrigues et manipulations

 

Tu t’imposes et harcèles ton monde

Pensant obtenir en retour de cette affection

Ce n’est qu’un leurre, t’en rends-tu compte ?

De quelle famille es-tu entourée désormais ?

 

Tu as fait le vide autour de toi

Tu as suscité la crainte, puis la défiance

Jour après jour, les uns et les autres

Passent leur chemin et se détournent

 

Tu ne varies pas d’un pouce, pas d’un millimètre

Convaincue et drapée dans tes certitudes

Tu fais mine de rien y comprendre

Criant à l’injustice, affichant l’affliction

 

Crois-tu que nous sommes dupes ?

Tu as appris à vivre comme cela

Ce n’est peut-être ta faute

Tu as reproduit les modèles vécus

 

Que reste-t-il pourtant de ces décennies ?

Quel bilan fais-tu de ce gâchis ?

Tu as donné la vie, la chair de ta chair

Crois-tu cela suffisant, pour être une vraie mère

18 mars 2011

Minutes suspendues

Publié par ahhhh dans En Passant...

Ils étaient assis à l’arrêt de bus, sages. Seul le petit homme dont les pieds ne touchaient terre agitait ces jambes dans le vide, d’avant en arrière. Un mouvement de balancier qui traduisait l’ébullition des pensées de son cerveau. À moins que ce ne soit l’ennui de l’attente.

Il n’était effrayé de rien. Son regard se promenait de-ci, de-là, sans vraiment se fixer, sans vraiment chercher quelque chose de particulier. Il attendait, avec son papa, un bus qui tardait à venir.

L’homme, lui, avait la tête penchait en arrière, appuyée contre la paroi en verre de l’abri. Il faisait face au soleil dont il profitait. Les premiers dards printaniers, à défaut de lui réchauffer le cœur, inondaient sa peau et lui apportait quelque réconfort. Il était livide, une barbe brune et dense, de plusieurs jours, accentuait ses traits tirés.

Il trahissait la fatigue, la douleur et bien plus le chagrin.

L’attitude insouciante du petit tranchait singulièrement avec le père. L’un semblait exagérément abattu tandis que l’autre paraissait démesurément serein.

Chacun vivait cet instant à sa façon et diamétralement opposé, avec une attitude presque anachronique.

Le seul événement factuel qui les liait était l’attente interminable du bus à cet arrêt. La question que posa soudainement l’enfant mesura, pour le père, son incompréhension.

-       Tu es triste ?  

L’homme mit du temps pour s’extirper de sa léthargie et autant de temps pour trouver une réponse de circonstance. Il laissa en suspens, l’espace d’un moment, l’interrogation.

-       Oui, un peu

Dans l’atténuation de sa réponse, cherchait-il à ne pas effrayer son fils – probablement.

L’enfant laissa son regard, aller et venir, sans regarder son père.

-       Non, tu as l’air vraiment triste

-       Ne t’inquiète pas

-       Tu es triste parce que maman est partie ?

-       Oui forcément

Lui sentit les larmes monter. Il réprima ce flot qu’il voulait absolument éviter face à son enfant. Le petit posa, doucement, sa main sur celle de son papa

-       Elle ne reviendra plus ?

-       Non chéri, elle ne reviendra plus

-       Elle est dans un endroit plus joli ?

-       Oui en quelque sorte

-       Elle pense à nous ?

-       Sans aucun doute, sans aucun doute

Sa phrase répétée fit écho dans sa tête.

-       Mais tu devrais penser à autre chose, arriva-t-il à murmurer. Tu sais nous en avons déjà parlé.

-       Oui je sais, dit le petit garçon buté, mais j’avais envie d’en parler encore. Et puis je te voyais triste

-       Ça va passer, c’est la vie mon bonhomme

-       Mais nous, on est en vie papa

-       Oui, tu as raison bonhomme, nous sommes en vie

-       Alors c’est bien, dit-il simplement

Son père se garda d’ajouter quoi que ce soit et renversa sa tête contre la paroi vitrée de l’abri pour reprendre une dose de soleil et laissa la phrase se perdre dans l’air réchauffé.

13 mars 2011

Otage

Publié par ahhhh dans Textuels...

Mon frère que nous arrive-t-il ici bas 

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?

Privé de la moindre liberté

Totalement entravé et bâillonné

 

Que va-t-il m’arriver

 

J’attends des heures durant, les membres engourdis

Au pain sec et à l’eau, sans forces et affaiblie

Je suis transi de peur, il y a peu j’ai entrevu des corps

Je ne veux pas subir le même sort

 

Je pense à prier, mais y a-t-il seulement un dieu

Caché sur un nuage, quelque part qui m’entendra

Celui de mes ravisseurs pourrait-il cautionner

Celui qu’ils invoquent, partage-t-il leur folie

Au nom de celui-ci ou d’un autre, seul compte la vie

 

Que va-t-il m’arriver

 

Quels jours somme nous, quelle heure sonne-t-il

Cela a-t-il vraiment beaucoup d’importance ?

Je me rattache au futile

Je passe par toute sorte d’états, jusqu’à la démence

Combien de temps vais-je encore tenir

Quand l’angoisse m’étreint, je redoute le pire.

Je pense à toute ma famille, ceux que j’ai laissés

La vie que j’ai menée, ce que j’ai réussi ou raté

Je me raconte des histoires pour ne pas sombrer

Pour évacuer et continuer à exister

 

Que va-t-il m’arriver

 

Pourquoi cette haine des hommes sans espérances

Une souffrance qui s’est transformée en vengeance

Je suis un des ennemis à abattre, le chien à tuer

Alors que nous appartenons tous au patrimoine de l’humanité

 

J’ai peur, terriblement peu, je panique

Bandeau sur les yeux, chaîne aux pieds

Leur cause m’échappe, je suis étranger

Ne suis-je pas le prétexte classique

Pour servir quelques absurdités

 

Cela fait une éternité que je croupis ici

Que va-t-il m’arriver loin de mon pays

Un bruit de pas, la porte qui s’ouvre

Un bruit de cliquetis et de paroles entremêlées

Des voix et des paroles proférées

 

Et puis plus rien

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